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L'EFFET NOCEBO


Souvent moins connu que l’effet placebo, l’effet nocebo n’en est pas moins puissant. Là où l’effet placebo amène un soulagement, le nocebo peut provoquer une aggravation. Ce sont donc deux effets parfaitement symétriques, deux effets miroir.

Dans un cas comme dans l’autre, nous ne possédons pas l’entière maitrise de ces effets. Et, même s’il y a des progrès, l’explication de leur mode de fonctionnement est loin d’être totalement comprise. Une certitude, c’est que notre corps sait le produire et s’en sert en dehors de toute décision volontaire. Car cela ressemble beaucoup à un mécanisme d’auto guérison ou à l’inverse morbide.

Plantons le décor. Après une dispute conjugale, un homme avale vingt-neuf gélules d'un coup, croyant prendre des antidépresseurs puissants. Il arrive aux urgences au plus mal, en état de choc, tension artérielle effondrée... Les médecins le prennent en charge rapidement. Puis un responsable de l'essai clinique révèle que ces pilules ne contenaient rien d’autre que du sucre. En moins de quinze minutes, la tension remonte, les tremblements cessent. Le lendemain il rentre chez lui. Ce cas, documenté dans les archives de la psychiatrie américaine, nous dit une chose : le cerveau peut fabriquer de la maladie ou de la guérison avec une précision biochimique qu'aucun laboratoire ne sait encore reproduire à la demande.

Les effets du nocebo peuvent être dévastateurs, voire mortels.
Ce que l’on appelle un conflit de diagnostic est très révélateur de ce mode de fonctionnement. Une autorité annonce à une personne que sa maladie est très grave, son cas est désespéré car il n’existe pas de traitement et qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. Il y a de fortes probabilités pour que la personne décède dans les délais évoqués. Ça s’appelle la « mort psychogène ».

Et bien sûr, cela peut être simplement la réalité de la maladie. Mais il y a des cas documentés qui montrent que le diagnostic était erroné et la personne n’aurait pas dû décéder. Du moins pas si rapidement. On soupçonne alors que c’est le pronostic mortel qui l’a incité à mourir. La parole de l’autorité (médicale ou autre) est bien plus puissante que ce qu’on supposait.

Un exemple issu de la tradition. En 1973, dans une ville minière du Mozambique, un homme est mordu par un serpent. Mais ce n'est pas n'importe quelle morsure. C'est selon la croyance locale une morsure maudite, œuvre d’un sorcier. L'homme est conduit chez le guérisseur qui confirme publiquement la malédiction. Dans les heures qui suivent, se déclenche une véritable épidémie. Plusieurs membres de la communauté commencent à présenter des symptômes identiques : crampe, vomissement, difficulté à respirer… Aucun d'eux n'a été mordu. Aucun n'a ingéré de substances toxiques. Tous partagent une seule chose, la conviction absolue que la malédiction peut et va se propager.
En fait, toutes les influences que reçoit notre cerveau peuvent devenir des déclencheurs nocifs, individuellement ou collectivement.

Un exemple « moderne » cette fois. En 2006 au Portugal, une épidémie frappe des lycéens dans tout le pays — éruptions cutanées, vertiges, douleurs musculaires… Aucun agent pathogène n’est trouvé. Quelle est l’origine de ce mal inconnu ? La diffusion d'une série télévisée pour adolescents, mettant en scène une mystérieuse maladie scolaire, avec des symptômes exactement identiques. L'information elle-même était le vecteur.

Cela en dit long sur la perversité potentielle des « informations ».

Même une autorité symbolique possède cette puissance. La simple lecture de la liste des effets dits « secondaires » de la notice d’un médicament, peut les déclencher chez la personne qui l’a lue.

Cela amène une question éthique liée au consentement éclairé — obligation légale d'informer le patient des effets secondaires possibles — qui peut lui-même provoquer ces effets. En disant la vérité, le médecin peut rendre le patient malade. En taisant la vérité, il le protège peut-être biologiquement, mais le prive de son autonomie. Ce paradoxe est posé dans les facultés de médecine du monde entier depuis vingt ans, sans réponse satisfaisante.
L'information, médicale ou pas, n'est jamais neutre, c'est une intervention pharmacologique à part entière, avec des effets mesurables, dosables, et parfois mortels.

Soyons clairs, il ne s’agit pas de simulation, mais bien d’une réalité biochimique quantifiable. En réponse à une attente, le cerveau déclenche sa propre chimie interne, de manière précise et ciblée.
Même s’il y en a d’autres, l'effet nocebo est lié à certains mécanismes déclenchants connus :

Enfin, l’usage de la prière est bien connu pour son effet placebo et peut montrer l’influence de l’esprit sur la matière. Mais il y a aussi un effet nocebo paradoxal. Une étude sur des patients opérés du cœur a montré que ceux qui savaient que des prières étaient dites pour les aider, présentaient plus de complications que ceux qui ne le savaient pas. Hypothèse : savoir que des prières sont dites pour soi, signale au cerveau que la situation est grave, créant une alerte et déclenchant des réactions de stress supplémentaires.

La première des choses pour contrarier l’effet nocebo, c’est d’éviter de tirer des conclusions hâtives à partir d'expériences isolées ou de témoignages non représentatifs. Si possible de recevoir une information claire et équilibrée sur les bénéfices et les risques d'un traitement, en posant des questions à son professionnel de santé, plutôt que d’anticiper le pire. Notre psyché est bien plus subtile qu’il n’y parait. Parfois la meilleure façon d’aider, c’est de ne pas aider…

L’un des axes majeurs de compréhension de ce qui se passe dans une séance de kinésiologie, est d’expliquer que nous avons tous des ressources d’auto guérison. Nous ne prescrivons aucun médicament. Stimuler ces capacités est donc fondamental. Les kinésiologues sont donc concernés au plus haut point par l'effet placebo. Et nous avons appris pendant des années à l’utiliser pour la santé des personnes que nous aidons.

À lire aussi : l'article miroir sur l'effet placebo, par John F. Thie, fondateur du Touch For Health.